Entretien avec Anaïs Bariller, moniteur éducateur

Peux-tu te présenter : ton parcours professionnel, ton environnement personnel et professionnel, tes valeurs ?

Je m’appelle Anaïs, j’ai 31 ans et je vis à la campagne. Mon attrait pour les animaux a commencé très tôt. D’ailleurs, tout a commencé avec un chien. J’ai appris à marcher avec un chien… En voulant jouer avec lui, je me suis mise debout et j’ai commencé à marcher. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ont toujours aimé les animaux et qui nous ont toujours entouré d’animaux, il y avait de tout : moutons, chats, chiens et ânes. Il y avait aussi des poules, des cochons d’Inde, des chevaux… J’ai grandi dans cet environnement où mes parents m’ont appris à observer, aimer et respecter les animaux et la nature, à m’enseigner que nous étions intrinsèquement liées, animaux et humains.

Il y a aussi eu les moments avec la famille de mon amie d’enfance qui était famille d’accueil spécialisée et qui accueillait des jeunes en grande difficulté. Il y avait aussi beaucoup d’animaux dans cette famille et je me suis très vite rendue compte des bénéfices de la présence des animaux sur ces jeunes. Ce sont eux qui m’ont donné le goût de ce que je fais maintenant.

A l’adolescence, j’ai découvert le travail d’Handicheval avec des personnes déficientes mentales et avec des problématiques physiques. Je trouvais ça extraordinaire, les personnes pouvaient dépasser leurs difficultés pour atteindre l’encolure du cheval et chercher la force de se hisser sur le cheval. C’est à cette époque que ma vocation est née, je voulais être éducatrice et utiliser la médiation animale au bénéfice des autres.

Quelle est ton activité ?

Je suis monitrice éducatrice dans un établissement spécialisé et depuis peu, j’ai l’immense honneur et bonheur d’avoir un formidable compagnon et collègue à quatre pattes pour distiller du mieux-être au quotidien auprès des jeunes. Il s’appelle Frisko et c’est un golden retriever de 2 ans.

Explique-nous en quoi consiste la médiation animale et comment l’utilises-tu au quotidien ?

C’est difficile à expliquer. Selon moi, c’est avant tout une histoire de rencontre entre l’animal et la personne. Ce qui m’intéresse c’est de laisser la magie de la rencontre opérer et voir ce que ressent l’animal vis-à-vis de la personne et ce que la personne a envie de donner à l’animal.

L’animal ne juge pas et quelques soient les difficultés rencontrées par la personne, le chien donnera son attention et son affection inconditionnelle. Mon travail est de faciliter la rencontre et d’orienter suivant les difficultés de la personne et du chien. Grâce au chien, tout devient prétexte à communiquer, travailler et éduquer. Ainsi, des notions telles que l’hygiène, la mobilité, la motricité fine, la mémoire, l’attention, la diction, le calme, la relaxation peuvent se faire facilement grâce à l’animal. Au début, j’avais de nombreux objectifs et je me rends compte que chaque jour, la magie est bien plus grande que ce j’avais pu imaginer et qu’il est possible d’avoir encore plus d’impact sur les personnes.

C’est aussi très valorisant pour la personne de s’occuper du chien, l’aidé devient aidant. Cette personne qui est normalement aidée et « prise en charge », change de posture et devient aidant. J’ai l’exemple d’une jeune qui en promenant Frisko sur la plage s’est sentie extrêmement valorisé et reconnu par le biais du chien. J’ai découvert que l’on portait un autre regard sur la différence.

Le chien rythme le quotidien de par ses besoins primaires : le repas, les besoins, les soins, les jeux, les câlins, le repos et au-delà de cela, c’est aussi la vie : il naît, grandit et meurt. Il a donc besoin d’un emploi du temps pour rythmer sa journée et répondre à ses besoins.

Encore une fois, la présence de Frisko est un prétexte à une activité et à des apprentissages qui se font sans contrainte et sans calcul. Les jeunes ne le ressentent pas mais ils progressent naturellement et redécouvrent la notion de plaisir. Par exemple le toilettage : ils cherchent les bons outils pour le brosser et se répartissent le travail, cela leur permet de se réguler et de décider qui fait quoi ; ils décident de lui adresser les bonnes commandes, les bonnes intentions.

Frisko canalise leur énergie car il y a des règles et des codes, ils sont à l’écoute du chien et font attention à ne pas faire de gestes brusques (surtout pour les oreilles et les yeux). Ils utilisent les bons produits pour les yeux et les oreilles, enlèvent les poils de la brosse. Cela permet aussi de faire un rappel sur l’anatomie du chien : rappeler sa race, sa couleur, acquérir du vocabulaire. La séance peut finir par une séance de câlins et ressentir le toucher, se caler sur la respiration du chien. Le toilettage permet aussi de faire un rappel sur l’hygiène.

Les séances chez le vétérinaire peuvent les sensibiliser à leurs visites chez le médecin et à prendre soin d’eux et à dédramatiser le soin en général, à la prise de médicaments, les vaccinations. Il y a aussi pleins de moments où le chien va de lui-même à la rencontre des jeunes et joue avec eux. Ce sont les meilleurs moments, je n’ai pas besoin d’intervenir. Les jeunes deviennent acteurs et ne sont plus dans la prise en charge institutionnelle.

Comment est né ce projet ?

J’ai toujours souhaité intégrer la médiation animale dans ma pratique et cela a pu être possible grâce à ma structure et surtout au superbe travail d’Handichiens qui m’a accompagné et soutenu dans ce projet.

Combien de temps s’est écoulé entre l’idée et la réalisation du projet de médiation animale ?

J’ai évoqué le projet pour la première fois auprès de ma direction en décembre 2010, et immédiatement ils ont été sensibilisés à mon projet. J’ai alors pris contact avec Handichiens et j’ai commencé à écrire le projet.

Le dossier a été validé par ma direction et la structure pour laquelle je travaille en juin 2011. J’ai alors adressé ma demande d’inscription au stage de 3 jours Handichiens en octobre 2011. Le stage permet de découvrir les activités possibles en médiation animale et nous permet d’être accompagné à l’écriture du projet mais aussi sensibilisé aux risques juridiques et sanitaires liés à la présence d’un animal en structure. Le dossier final a été adressé en décembre 2011 auprès d’Handichiens et j’ai suivi le stage de passation en mai 2012.

Ce stage d’une semaine a été l’occasion de travailler avec plusieurs chiens pour découvrir le chien que nous allions recevoir. Il s’agissait d’apprendre le langage chien, les 53 commandes apprises par les chiens, l’ethologie (c’est l’étude du comportement animal dans son milieu naturel), les soins à prodiguer, les diverses activités possibles… C’est au cours de cette semaine que Frisko m’a fait l’honneur de me choisir. Il est arrivé avec moi dans ma structure le 9 mai 2012.

En quoi consiste le rôle de l’accompagnant Handichien ? Combien de temps un chien peut-il travailler ?

Etre référent d’un Handichien peut nous engager tout au long de notre parcours professionnel. Cela consiste à utiliser le chien comme outil auprès des publics fragilisés. Cela permet également de travailler de manière transversale avec les autres collègues, tant infirmiers qu’éducateurs sportifs… Il est aussi possible d’être secondé par des collègues / co-référents, formés par Handichiens.
Un chien peut travailler entre 8 et 10 ans, suivant son état de santé. Même si je change de structure, en tant que sa référente, Frisko m’accompagnera tout au long de mon parcours professionnel.

Qu’est-ce que l’arrivée de Frisko a modifié dans ton quotidien ?

Frisko est tant mon compagnon de vie au niveau personnel que professionnel. Nous partageons tous les moments du quotidien : courses, balades, vie familiale, travail, vacances et loisirs. Grâce au statut d’Handichiens, il peut m’accompagner dans tous mes déplacements et dans tous les lieux. On a même pu aller au cinéma et il a été très sage ! Cela me permet de mieux le connaître et de continuer son éducation. Même dans ma vie personnelle, ça a un impact très positif car je rencontre beaucoup de personnes qui viennent spontanément me voir.

Quels sont les premiers retours concrets ?

Avant même l’arrivée de Frisko, le travail élaboré en amont avait porté ses fruits. Au niveau institutionnel, le projet en lui-même a créé du lien entre les professionnels, les jeunes, les familles et moi.
En formation dès que j’ai su que Frisko était celui qui allait m’être « remis » j’ai envoyé un mail aux collègues et aux jeunes. Ils l’ont tout de suite adopté et relayé la nouvelle auprès des autres. A notre arrivée, la magie avait déjà opéré. C’était comme si il avait toujours été présent.

Depuis, les jeunes lui écrivent, le dessinent, le photographient… lui témoignagent de leur affection.
Certains sont plus apaisés, d’autres tentent d’améliorer leur diction pour mieux se faire comprendre de lui. Il y a même l’un des jeunes qui parlait très peu et qui depuis formulent des demandes et des souhaits, ce qui n’était pas envisageable avant. Les petits que je ne connais pas, viennent spontanément s’adresser à moi alors qu’habituellement, il est difficile de s’adresser à un inconnu. Certains jeunes sont plus posés et arrivent à se concentrer sur une tâche grâce à la présence de Frisko. Même certains des jeunes les plus en difficulté arrivent à retrouver du réconfort.

Tu es ambassadrice Handichien, qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Une grande mission implique de grandes responsabilités ! Cela revient à faire connaître cette superbe association, contribuer à la pérennité de son action, communiquer sur les résultats concrets auprès des publics et plus largement sensibiliser à la médiation animale.
Je participe à des actions de sensibilisation pour faire connaître l’association Handichiens. Très souvent les personnes confondent les chiens guides de non-voyants avec les chiens d’Handichiens, les deux associations sont très importantes mais elles n’ont pas les mêmes rôles. Au travers de ma pratique quotidienne, il s’agit de montrer une bonne image et les bienfaits de ces chiens hors du commun.

Qu’est-ce que nous pourrions faire pour t’aider à faire connaître et aider l’association Handichien ?

Déjà en parler autour de vous, aller sur le site web d’Handichien et assister à des démonstrations. Pour aider de manière concrète le fonctionnement de l’association, vous pouvez adresser vos dons à l’association (n’oubliez pas, ils sont déductibles des impôts à hauteur de 66%), collecter des bouchons plastiques pour Bouchons d’Amour (payer les chiens, financer des fauteuils roulants ou encore des rampes d’accès pour faciliter la mobilité des personnes à mobilité réduite…).
Nous avons aussi besoin de familles d’accueil pour éduquer les chiens de 3 à 18 mois (plus de renseignements sur le site web). Les familles d’accueil permettent de socialiser les chiens et sans les familles d’accueil, il est impossible d’avoir un chien équilibré et prêt à aider les bénéficiaires. C’est donc primordial.

Quelle serait ton rêve concernant la médiation animale comme outil de lien social pour les publics en difficulté ?

Mon rêve serait qu’il y ait un animal dans chaque structure où cela est nécessaire et l’envie de mettre en place : école, prison, hôpitaux, structures médico-sociales, maisons de retraite… Pour permettre ce genre de pratique, il serait bon d’arrêter de penser que l’animal peut causer plus de torts que de bien (germes, bactéries…) alors même que dans certains cas, la médiation animale peut réduire la prise de médicaments (anxiolytiques).

Entretien du 22.08.12

 

 

 

 

 

La Médiation animale comme outil de lien social

3 avis sur « La Médiation animale comme outil de lien social  »

  • 21/10/2012 à 19 h 35 min
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    Cet article est vraiment très intéressant et le chien est comme on le sait le Meilleur Ami de l’Homme et il lui est fidèle. Le chien comprend beaucoup de choses de l’être humain car il a été le premier à se rapprocher de l’homme lorsqu’il était encore un Loup…..
    C’est lui qui gardait le campement, qui aidait à chasser, qui protégeait et défendait le territoire et les personnes du clan.
    Le fait de faire appel au chien pour aider les personnes fragiliées et une idée, un travail et un partage formidable…..les chiens sont très senibles aux émotions et à aux ressetis de chaque personne individuellement et saura chaque enfant, chaque adulte selon sa Personnalité, son comportement, le chien s’adapte et sait donner le change d’où le côté aidant- aidé……ce partage, cet échange. enc règle général les animaux perçoivent très bien nos vibrations et nos émotions., ils agissent en fonction.
    La particularité du chien et je le répète de très bien connaitre l’être humain et de le  » vénérer » la fidélité d’un chien est à tout épreuve, même un peu trop, car certains chiens maltraités vont malgré tout gardé une  » dévotion » pour son maître, c’est propre au chien, quelques fois, je pense qu’ils ont le droit de se  » révolter » quand les humains vont un peu trop loin……mais bon….cela se retourne malheureusement contre lui….
    Dans le cas Handichien ce que je trouve formidable, c’est le RESPECT de l’humain pour l’animal et vice-versa..les enfants un peu brutaux vont apprendre la douceur à son contact..et les enfant un peu timides ou peu surs d’eux vont aussi apprendre que le chien doit ne pas les brusquer et vont apprendre à dire NON !
    Ce Friskos est un amour et sa maîtresse également, ils apportent tous les deux ensemble, de l’ampathie, de la communicatio, du partage et tout cela dans un réel amour..celui qu’ils ont l’un pour l’autre.
    Belle continuation et belle route pour tous les deux et je sais qu’ils vont rendre heureux beaucoup beaucoup de personnes et d’enfants…….Bien à vous deux et à vos rencontres……

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  • 23/02/2015 à 14 h 06 min
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    Bonjour,

    Je me permets de vous contacter suite à un article parut dans le guide social.

    Je m’appelle Céline et je suis en 3ème année pour devenir éducatrice spécialisée. Actuellement, je réalise mon mémoire sur la médiation animale avec des personne adulte psychotiques au sein d’un club thérapeutique Théo Van Gogh à Jumet.

    Depuis 3 ans, je réalise des activités assistées par les animaux avec diverses population (enfants et adolescents en carences affectives, les personnes âgées, personnes souffrants de handicaps physique et/ou de déficiences intellectuelles, enfant autistes,…)
    lors de mes stages ou d’évènements d’ordre social tel que « la,journée de la personne extraordinaire », « les IPSMAlympiades »,…
    Le tout avec l’aide de mon chien « Bella », mon lapin « Ozoo » et mes rats domestiques « Pinceau », « Chaussette », « Bulle »et « Minie ».

    Voici une idée de titre pour mon TFE: « La médiation animale, un outil efficace pour l’éducateur spécialisé en accompagnement psycho-éducatif ». Qu’en pensez-vous?

    Puis-je solliciter votre aide?

    Dans l’attente d’une réponse favorable de votre part, je vous prie, Madame, de recevoir mes salutations distinguées.

    Bien à vous.

    Céline Carlier.

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    • 04/03/2015 à 16 h 10 min
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      Bonjour Céline, vous pouvez nous adresser un mail à contact@leffetpapillon.net et je pourrai demander à Anaïs Bariller de vous orienter.
      Bien à vous,
      M. Péron

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